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JEON KangOk - La sculpture monumentale - 2002. 10

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작성자 ADMIN 작성일 21-03-16 13:46 조회 577hit 댓글 0comment

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La sculpture monumentale

 
 
                                                                                                                                                                                         Par JEON KangOk
 
 
Depuis le milieu du siècle dernier, les champs explorés par la sculpture et la peinture sont très étendus, de sorte qu’il est devenu relativement difficile d’établir une définition claire de ces deux formes d’expression artistique. Selon Rosalind Krauss, « Vers la fin des années soixante, lorsque la “sculpture” a commencé à apparaître sous forme de tas de bourre de fil posés sur le sol, de morceaux de troncs de séquoias roulés à l’intérieur d’une galerie, de tonnes de terre arrachées au désert, de palissades en rondins entourées de fossés, il est devenu relativement plus embarrassant de prononcer le mot “sculpture”. »[1] Cependant, lorsque l’on regarde les œuvres de Lim Dong-Lak, on ne risque pas de tomber en désaccord avec la définition traditionnelle de la sculpture. Ses œuvres répondent bien aux schémas conventionnels de la sculpture : un art qui représente un objet dans l’espace au moyen d’une matière solide à laquelle on impose une forme. Même si les œuvres de Lim Dong Lak, faites d’assemblages de métal soudé, n’ont rien à voir avec la pratique d’un Rodin, elles restent fidèles aux règles du jeu de la sculpture conventionnelle. Comme dans cette dernière, le volume, l’espace, le tactilité et la vue sont des éléments importants pour parler de la sculpture de cet artiste.
D’ailleurs, on peut constater que ses oeuvres se nourrissent du rapport habituel entre l’histoire et la sculpture : « la logique de la sculpture est, semble-t-il, inséparable de celle du monument, ce qui lui confère une valeur commémorative ».[2] Ainsi, dans cette catégorie historique, l’œuvre de Lim Dong-Lak est un modèle sculptural, parce que la plupart de ses œuvres sont réalisées pour être installées à l’extérieur. De grandes dimensions, ses œuvres sont monumentales, et s’adressent surtout à la collectivité.
Ce n’est qu’à partir du début du siècle précédent que la sculpture a commencé à transgresser ses premières destinations de commémoration dans un espace publique donné. Cette transgression n’est pas simplement celle de la localisation, mais celle de la symbolisation. En effet, la sculpture n’est pas dépendante aujourd’hui d’un événement à commémorer, elle existe aussi comme étant une production d’objets abstraits ou auto-référentiels, sans repère spécifique. Pourtant, ces nouveaux genres de sculpture sont aussi parfois placés dans un environnement, au milieu de l’architecture urbaine. Il convient alors de se demander quel rôle est attribué aujourd’hui à la sculpture monumentale, et quel est la logique du monument, à partir du moment où la sculpture a dépassé la logique du sens historique.
On rencontre de nombreux monuments faits dans l’optique d’accompagner un ouvrage d’architecture, pour embellir l’espace urbain et pour être en harmonie avec l’environnement. Ainsi on s’aperçoit que le rôle attribué à la sculpture monumentale serait l’insertion idéale dans un espace donné. Les sculptures monumentales de Lim Dong-Lak sont réalisées pour cette destination.
Lim Dong-Lak est un artiste apprécié, car il a su surmonté les problèmes négatifs qui se sont posés en Corée lorsqu’il y a eu une prolifération des monuments au milieu des années 90. En effet, en 1984, le gouvernement coréen a établit la loi de promotion d’arts et littératures. Les 10000 m2 d’architecture à réaliser devaient accorder un pourcentage de frais de construction aux décorations des bâtiments. Du fait de cette législation, de nombreux monuments ont été édifiés. Par exemple, pendant quatre ans de 1996 à 1999, plus de 852 édifices ont été installés après avoir été examiné par la commission de la ville de Séoul. Cependant, la plupart d’entre eux ont été réalisés de façon très formelle sans qu’aucune réflexion sérieuse sur le concept d’espace public ne soit engagée. Il en résulte que beaucoup de réalisations vont dans le sens inverse de la législation qui était l’embellissement de l’environnement urbain.
On pourrait dire que la sculpture monumentale naît des relations qui se jouent entre l’espace publique et l’objet artistique que l’on y place. L’artiste doit donc avant tout comprendre en profondeur ces différentes relations entre l’espace, l’architecture et l’ornement. Or, c’est bien le cas de Lim Dong-Lak qui cherche toujours la coïncidence et l’équilibre entre le site et l’objet. Pour lui, le site n’est pas simplement une place physique, un lieu. Il est perçu comme un espace de communication sociale et culturelle. Ainsi, il accepte toute la dimension publique dans son œuvre ; il réfléchit pleinement à l’espace social et culturel dans lequel il intervient.
A Haeundae, au bord de la mer de Pusan, Lim Dong-Lak a installé une oeuvre, nommée le Point-Montagne, vent et mer (Granit et bronze, 800×400×150, 1988). Le bord de mer correspondant parfaitement à l’idée d’espace ouvert, offre à cette oeuvre ses conditions optimales de présentation. Les deux lignes obliques qui constituent l’œuvre croisent l’horizon de la mer. La sculpture s’étend vers le bas pour absorber son piédestal. La base de la sculpture prend appui sur une sorte de bloc qui ressemble aux rochers alignés sur le rivage Ainsi, quand les enfants et les gens s’approchent, ils peuvent la toucher et s’y appuyer sans retenue. Tout prés de la sculpture, on trouve une fontaine en granit et des sièges en marbre, qui créent un espace de repos pour les promeneurs. Ceux-ci peuvent se reposer et contempler le paysage de la mer. L’artiste a donc considéré le site comme un lieu de promenade et de repos, associant ainsi volontairement son œuvre aux pratiques habituellement effectuées au bord de mer. Souvent, Lim Dong-Lak, en installant ses sculptures à l’extérieur, veut créer un espace de vie pour réconcilier les habitants. Ses œuvres sont donc fidèles à la dimension sociale et culturelle de la sculpture monumentale qui, grâce à ses propriétés (tactilité et présence tridimensionnelle), est plus apte que les autres formes artistiques à relier l’homme à l’environnement.
 

 

 

 

 

 

 

Point-Montagne, vent et mer, Granit et bronze, 800×400×150, 1988
 

 

 

Cette dimension de recherche d’harmonie entre l’homme et l’environnement est fondamentale dans l’œuvre de Lim Dong-Lak. Chacune de ses sculptures s’intègre au paysage naturel, architectural ou urbain. A ce propos, le travail préalable par ordinateur devient particulièrement intéressant à regarder. En effet, la simulation sur écran lui permet d’éviter les ratages dans la réalité de l’installation, et permet aussi à ses œuvres d’être conçues sérieusement en relation avec l’environnement déterminé. En fait, Lim Dong-Lak est un artiste qui utilise avec une rare liberté dans sa génération l’ordinateur pour ses projets artistiques.
Actuellement, en Corée, l’utilisation de l’ordinateur est une pratique très courante et la diffusion d’internet est très élevée.[3] Le travail de Lim Dong-Lak baigne dans cette culture technique même s’il n’est pas un artiste multimédia. Son travail préparatoire ne dépend plus de la feuille de papier et du crayon, mais bien de la souris, du clavier et de l’écran.
Aujourd’hui, les artistes sont de plus en plus nombreux à s’emparer des nouvelles technologies pour créer. Lim Dong-Lak utilise l’ordinateur pour créer un espace fictionnel où il installe sa sculpture. Il crée alors la condition de vision idéale de son œuvre. L’ordinateur permet ainsi de représenter ses désirs, ses idées et impératifs artistiques. A partir de la recherche sur l’ordinateur, les œuvres vont s’amplifier, se modifier. L’artiste pourra donc intégrer l’ensemble des données liées à sa création, avant de se confronter à l’espace réel.
Ce travail préparatoire permet de placer l’œuvre dans un espace virtuel, et de s’y déplacer librement, afin de se représenter ce qu’il adviendra de l’œuvre dans sa situation définitive. Le spectateur peut alors voir la sculpture sous tous ses angles ; il se déplace dans cet espace fictionnel, comme il ne pourrait jamais le faire en réalité.
Michel Nuridsany décrit l’un des espaces virtuels créé par Lim Dong-Lak : « Une prairie rase ou, d'autres fois, un grand plan herbeux qui envahit presque tout l'espace du bas, un rideau d'arbre en arrière-plan, comme une barre d'ombre. La nature, sans doute, mais une nature mesurée, coupée, émondée, contenue, dessinée et sculptée, mise à disposition. Et, par-dessus, toujours, très présents, les grands cheveux des nuages. Les nuages, «les merveilleux nuages» baudelairiens. Les nuages longs, rouges de soleil, qui traînent dans l'air liquide ou bien amoureux d'eux-mêmes, qui s'alanguissent dans un bleu plus sombre glissant vers la nuit. […] Au centre, la sculpture. En royauté. Vue de face. Ni ostentatoire, ni tâchant de se faire oublier. Modeste mais bien là. Occupant une position centrale mais en harmonie. Sculpture en accord avec le lieu, généralement situé dans un tissu urbain ouvert sur un arrière-plan de nature : la mer, la montagne, un rideau d'arbres. Sculpture intégrée ».[4]
Lim Dong-Lak réalise une espace idéal pour sa sculpture. La sculpture va donc se modifier par rapport à l’espace donné, alors qu’avec l’informatique, c’est l’espace qui peut se transformer en fonction de la sculpture. Il juge et envisage l’harmonie entre sa sculpture et son environnement, entre la mesure et, sinon la démesure, du moins ce qui échappe à la mesure. L’artiste lui-même souligne ce travail essentiel en ce qui concerne son oeuvre. « (…) A l’origine de mon travail, je veille toujours à la relation et à l’harmonie entre ma sculpture et la place où elle s’inscrit. Je travaille sur l’ordinateur si bien que j’évite l’échec au cours de la réalisation du travail sur le lieu ». L’ordinateur constitue l’outil indispensable dans son travail en lui permettant d’imaginer l’implantation de la structure de l’espace.
L’ordinateur est pour l’artiste un outil qui lui permet de trouver l’harmonieux équilibre entre l’œuvre et l’espace dans lequel elle s’inscrit. Cet ardent désir d’harmonie provient sans doute de la culture orientale, où les anciens philosophes voient l’univers et le monde à travers la logique du Ying et du Yang, qui est la première condition d’harmonie de tous les êtres. Le Ying et le Yang sont les symboles de la dualité dans l’univers. Ils participent à la naissance de tous les êtres vivants ou inanimés, et s’opposent en toute circonstance. De plus, ils se contredisent et se complètent comme le soleil et la lune. La doctrine de Confucius dit qu’il faut chercher ce qui n’incline d’aucun côté en s’harmonisant pour atteindre la ‘voie de juste milieu’ ; véritable synthèse entre le ciel, la terre et l’homme. En somme, cette logique d’opposition et d’harmonie est celle de la complémentarité entre les contraires. Lorsqu’il existe un dessus, il existe un dessous. La nuit fait aussi référence au jour. Si jamais le ying se grandit, le yang diminue.
Michel Nuridsany décrit l’harmonie et l’équilibre dans les sculptures de Lim Dong-Lak comme étant deux forces opposées. « Voyez ces droites affirmées qui s'interrompent pour laisser place au doute de lignes contraires, soudain plus véhémentes ici, voyez cet ordre et puis ce chaos, voyez ces formes géométriques compactes, sereines, que traverse un serpent végétal, voyez ces angles droits et cette ondulation, voyez cette boule au milieu de la forêt de hauts et longs parallélépipèdes réguliers. Tout, dans cet art classique, désigne ce qui lui échappe, le reconnaît et le mesure, le pèse et l'arc-boute à son contraire, concerté, stable, économe ».[5]
Dans les œuvres de Lim Dong-Lak, la dualité entre l’horizontalité et la verticalité, la stabilité et l’instabilité, la saillie et l’affaissement est basée sur la pensée du juste milieu. Ces éléments d’opposition constituent des formes qui se soutiennent mutuellement, des formes qui s’harmonisent réciproquement. Ainsi, la sculpture le Point-envolée (Acier inoxydable, 205×205×135, 1999) n’est pas une forme symétrique, mais un renversement de la symétrie. Cela aboutit au phénomène suivant : « ce qui était à droite est à gauche et ce qui était en haut est en bas. Géométriquement, l’inversion consiste à prendre le symétrique de chaque point, non pas par rapport à un plan (comme pour le miroir), mais par rapport à un point situé sur un autre plan. »[6]. L’image n’est pas superposable comme la main gauche ne l’est pas avec la main droite.
Ce travail montre bien la philosophie de Lim Dong-Lak. Les deux côtés de plans semblent identiques mais ils sont tordus pour constituer une inversion de la symétrie. Les deux côtés s’opposent, mais il se tienne l’un et/par l’autre. Les extrémités touchent le sol comme les pieds cherchant le parfait équilibre. Si on questionne cette structure, on comprend très vite que sans créer de dissonance, la structure de cette pièce évite l’asymétrie, et elle parvient à trouver le parfait équilibre grâce à l’inversion de la symétrie.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Point-envolée, Acier inoxydable, 205×205×135, 1999
 

 

 

 

 

 

 

La pensée de l’harmonie et de l’équilibre qui réside dans ces travaux ne se limite pas au simple bloc de métal soudé. Elle souhaite échapper à la matière et cherche ensuite à se réaliser dans l’environnement et dans l’espace publique.
Lorsqu’on parle de l’œuvre de Lim Dong-Lak, il ne faut pas oublier que la lumière et les reflets jouent aussi un rôle important. Il a découvert la variation de la lumière au début de sa carrière à travers le dessin au charbon de bois sur papier. Dans ses travaux récents, il utilise surtout l’acier inoxydable, idéal pour transcrire les jeux des subtilités de la lumière. Ainsi, l’œuvre s’inscrit dans la grande tradition de la sculpture, et l’on sent l’influence lointaine de Constantin Brancusi. Ce dernier essayait de saisir l’essence du vol en cherchant à se dégager de la masse. Pour cela, il avait recours au polissage et cherchait constamment à affirmer la verticalité, comprise comme la direction prédominante dans ses œuvres. « C’est le vol qui m’a occupé toute ma vie. »[7]. Brancusi envisage ce thème de manière très enthousiaste. Il dit autrement : « Une vraie forme devrait éveiller l’impression d’infini, de sortir de la masse, de s’en dégager pour mener une existence parfaite et absolue. »[8]. Le vol, synonyme de l’infini, est donc imaginé grâce à la forme verticale et la forme polie. On retrouve cette double confrontation du polissage et de la verticalité dans la sculpture monumentale de Lim Dong-Lak, intitulée le Point –protoplasma (Acier inoxydable, 100×80×500 cm, 2000).
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Point -protoplasma, Acier inoxydable, 100×80×500 cm, 2000
 

 

 

L’acier inoxydable dans le Point -protoplasma donne effectivement l’impression que la sculpture échappe à la pesanteur. Notre regard se dirige vers la surface brillante de l’œuvre, et non pas vers les cubes ou la masse. La surface miroitante fait disparaître la masse et le volume de telle sorte que la forme semble libérée de la pesanteur. La surface brillante, avec ses reflets dans les surfaces courbes, fonctionne comme une énergie diffuse et donne au métal une grande légèreté. On dirait que la masse n’est pas fixée dans l’espace, mais qu’elle oscille et bouge en capturant d’innombrables reflets.
La sculpture de Lim Dong-Lak met donc bien en évidence l’action réciproque de la masse et de l’espace. On sait que l’espace euclidien n’a pas de vivacité, et ne peut pas se mouvoir de façon autonome. Newton proposait que l’espace serve d’absolu. Or pour la science physique contemporaine, l’espace n’est pas isolé, absolu, mais totalement relatif. Pour Einstein, l’espace et le temps sont “tordus”, et sont plissés par le jeu de la masse. Dans le Point -protoplasma , l’acier inoxydable agit comme un miroir magique et désintègre la structure spatiale du bloc. Il réverbère toutes les lumières. Même si l’œuvre est en métal lourd, elle se tient tremblante comme une illusion, et elle semble s’imprégner de l’air qui est autour d’elle.
Aussi, l’œuvre de Lim Dong-Lak est ouverte, verticale, et elle s’oppose à l’idée de l’immobilité. Elle présente de multiples facettes et peut paraître à la fois calme et mouvante. le Point -protoplasma reprend le concept de la verticalité de Colonne sans fin de Brancusi. Défiant les lois de la pesanteur, cette forme constituée de multiples plans s’élance vers le haut et crée une parfaite illusion d’ascension et de mouvement tourmenté.
Le Point -protoplasma est une forme architectonique qui tend vers le vide, au moyen de l’empilement. « L’architecture, fidèle à la ligne d’évolution de la vie vers le vide, devient, en y envoyant ses ‘pleins’, de plus en plus un volume convexe et contournable, signal concentré, ressemblant au monde aérien et céleste. »[9] L’architectonique et les éclats brillants du Point -protoplasma s’intègrent au cœur de la forêt de building. Le Point -protoplasma se trouve confronté aux gratte-ciel de verre de Pusan dans lesquelles il se reflète et se diffracte.
Ainsi, l’œuvre de Lim Dong-Lak développe donc bien l’idée des connexions qui se jouent entre la sculpture et l’espace. Mais celles-ci n’invitent pas seulement à la commémoration. En effet, à travers le jeu entre les pleins et le vide de l’espace et de la sculpture, de l’air et de la matière, cette sculpture monumentale atteste d’un sentiment d’infinitude où les contraires se soutiennent mutuellement. Il devient possible alors de commémorer, non pas un événement historique précis mais une proposition philosophique générale : celle d’un homme vivant en harmonie avec l’ensemble des éléments constituant son environnement. Dès lors, l’infinitude présente dans les sculptures de Lim Dong-Lak célèbre l’harmonie même

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